• BDSAIME

Carnets d'une dominatrice fatiguée




J’ai commencé cette activité, la domination dite professionnelle, tout bonnement parce que j’aime dominer et que je suis douée pour cela. C’est quelque chose qui m’excite et me donne du plaisir. Comme mes soumis, j’ai moi-même des paraphilies, surtout des fétichismes, à dire vrai. Comme mes soumis, je n’ai pas à me forcer, et c'est quelque chose qui est venu naturellement à moi.

Par ailleurs, j’aime le rapport de domination-soumission parce que cela me stimule intellectuellement, et trouve un écho particulier en moi, bien plus que les rapports dits normaux. Je suis ce que l’on appelle une femme cérébrale.


J’aime ce que je fais, parce que ce que je fais me ressemble.


Je dis "zut !" aux auto-proclamés puristes.

Pour rester polie. J’en ai plus que marre d’être constamment pointée du doigt, y compris par des femmes, pour ma « vénalité », le plus schizophrène des reproches dans une société pourtant plus capitaliste et matérialiste que jamais.


La domination, ma domination, demande maîtrise, talent et travail. Jamais je n’avais reproché sa vénalité à une peintre, pas plus qu’à un sculpteur. Pas plus, je n’avais pensé que l’argent qu’ils prenaient à leurs clients faisait écran à toute passion, à toute légitimité. Où est la différence avec mon activité ? Je ne la vois pas. Puis, quand bien même, admettons que je ne sois qu’un robot-tirelire : et alors ? Reprocherait-on au banal employé de bureau de faire son travail sans passion, lui ? Parfois, je me demande si tout cela ne relève pas simplement d'une forme de jalousie pour certaines, et frustration pour d'autres. Mon métier est passionnant, galvanisant, et est perçu comme facile et très rémunérateur. Faut-il encore avoir le courage de l'exercer, et en assumer tous les à côtés.

Avant d’être dominatrice professionnelle, on ne l’est pas. Cette phrase n’est pas de moi, mais je l’aime beaucoup. J’ai toujours aimé les choses différentes avec mes partenaires, qu’ils soient hommes ou femmes. J’étais un peu la peintre du dimanche, celle qui n'exposera jamais mais reste fière de son travail. Je n’étais pas "vénale", j’étais donc une vraie dominatrice, faut-il croire.


Un jour, sur internet, je suis tombée sur un homme soumis, sympathique et plutôt charmant. Nous fixons une date pour une rencontre, j’étais plutôt contente à l’idée de trouver un mec aux penchants compatibles avec les miens qui ne semble pas me considérer comme un objet affranchi, pas plus qu'une machine à dominer. De fait, je n’avais même pas pris la peine d’ouvrir les dix-neuf autres messages reçus par des soumis cette semaine-là. Cet homme choisi parmi tant d’autres, une fois nos présentations et accords respectifs échangés, m’aura finalement demandé, « c’est combien ? ». Naissance d’une dominatrice professionnelle : la fausse dominatrice.

Comme peut-être 70% des gens, je n’aimais pas plus que cela mon travail. Je travaillais dans les ressources humaines. Moi qui plus jeune était attirée par le social et l'humain, il m'aura fallu dix années pour réaliser que la vérité du métier est toute autre, sinon aux antipodes même de ces valeurs. Il faut dire, devoir choisir son orientation à un âge où l’on est tout sauf la personne qu’on finira par devenir n’aide pas non plus. Une fois la « vie active » mise en marche, difficile de revenir en arrière. Je travaillais parce qu’il faut vivre, et les gens qui gagnent leur vie avec leur passion ne sont pas légion, si tenté qu’on puisse vraiment parler de gagner sa vie pour beaucoup d'entre eux.


Alors, crime je confesse, j’ai accepté l’argent de cet homme. Il fantasmait sur mes gants en cuir, et sur le fait que je lui crache au visage. Mince alors, j'aurais été ravie de le faire même en l'échange de rien du tout ! Il n'aurait pas même eu à m'offrir un café. Être rémunérée pour quelque chose que j'adore faire, j’avais du mal à voir où pouvait être la mauvaise idée là-dedans. C'est même très positif pour l'image de soi-même. Cela me permettait en plus de compléter ce qui me manquait pour m’acheter le nouvel objectif de chez Sony qui me faisait de l’œil depuis plusieurs mois.

Je suis devenue dominatrice professionnelle.

Suis-je une pute ? Je ne sais pas, et, à dire vrai, je m’en fiche.

Déjà, je ne vois pas ce qu’il y a de mal à être une pute, même si je préfère parler de travailleuse du sexe, montrer ainsi que je m’intéresse aux nouvelles questions sociales et que j’en maîtrise le jargon. Au début, l’idée d’être assimilée à une prostituée me répugnait. Moi-même, j’ai été affectée par les vues de la société, on m’a appris à vomir le cliché de la blonde décolorée dans sa camionnette, ne serait-ce que par principe. Puis, ce que je propose, moi, est bien plus raffiné, bien plus profond ! Mince alors, les torchons, les serviettes, tout ça.


Bon, j’ai cependant fini par ne plus m’émouvoir de cette assimilation.

Tout d'abord, parce qu’indiquer en rouge sur mon site que je ne propose pas de rapports sexuels ne m’a jamais épargné les multiples insultes et reproches de tous ces hommes frustrés en message privé, et même des femmes, sur certains forums. « Sale pute », comme l’insulte lâchée par l’homme de valeur, d'âme pure, à la femme corrompue par l’argent, qui pourtant l’aguiche avec la photo de sa jupe en cuir, la salope.


Cet homme-là, vexé par mon refus à sa demande d’une entrevue sans compensation, ne semble pas comprendre que, de toute façon, jamais je ne me serais intéressée à lui, en temps normal. Je le dis sans complexe, c’est une réalité. Parce que ses valeurs à lui ne sont pas si irrésistibles qu’il semble le croire, et parce que s’il était capable de plaire et trouver une partenaire du fait de ses qualités propres, il n’aurait pas cliqué sur mon profil un samedi à trois heures du matin, sur un obscure site internet. Certes, les raisons à cela sont diverses, j’en conviens. Manque de temps pour le dynamique esclave de La Défense, manque de confiance et d’amour propre pour ce trentenaire aux épaules affaissées, manque d’aisance sociale pour celui qui ne sort que pour faire ses courses, manque de qualités physiques pour celui qui est né sans beaucoup de chance, manque d’intelligence pour cet autre homme-là, manque d’éducation, manque d'entretien, et parfois même tous ces manques à la fois. Sans oublier, évidemment, le sempiternel homme marié avec une personne qui n’était peut-être pas la bonne, pour qu’il s’autorise à être si peu honnête avec elle.


Une relation, cela se fait à deux, et mon statut de femme ne me donne pas le devoir de m’intéresser à tous les hommes en misère affective et sexuelle du simple fait que nous sommes physiquement faits pour s’emboîter. Le fait d’être désirée ne créé en rien un droit automatique à la réciprocité. Alors, oui, cuckold83, je te prends avec ton argent, ou je ne te prends pas, au sens propre comme au sens figuré. Si cette seule idée t’inspire une agressivité peu commune, alors je ne sais quoi te dire, pas plus que je n’ai à m’en préoccuper.


Aussi, si j’accepte maintenant mon assimilation aux travailleuses du sexe plus « classiques », c’est bien parce que je souffre des mêmes maux qu’elles. Mon activité, dont je suis pourtant plutôt fière, est rejetée, conspuée. Pire que cela encore, elle est illégale. Protection légale, sociale, je peux oublier. Alors certes, je peux user d’entourloupes administratives diverses, à différents stades, que je ne révélerai pas ici par souci de discrétion pour mes collègues. Mais cela ne règle pas tout. La sécurité sociale, la cotisation pour ma retraite, je pourrais presque m’y faire, si je ne devais composer avec le poids que la société place sur mes épaules.



« Et sinon, vous faites quoi dans la vie ? ». La première fois que l’on m’a posé cette question, alors que j’étais professionnelle à plein temps depuis quatre mois, je n’ai pas su quoi répondre. Cela m’a fait un petit choc, je dois l’avouer. Là où l’activité professionnelle est vue comme le tout d’une personne, sa contribution aux autres, j’ai bégayé autant qu’un cher client à moi. J’avais peur de la réaction trouvée si je disais la vérité, et à raison. Les gens sont étriqués, l’on ne peut risquer d’afficher quoique ce soit qu’ils ne connaissent pas. Leurs certitudes sont rassurantes, et je ne saurais les blâmer. La vie est difficile, et tout le monde n’a pas la même capacité à l’affronter. Les certitudes nous y aident, les certitudes sont calmes, stables. L’une d’elles est qu’être une pute, c’est mal. Une autre est qu’être dominatrice professionnelle, c’est être une pute, parce que je prends de l’argent pour voir un homme nu et lui donner du plaisir. Donc, c’est mal, et j’ai raté ma vie. Je fais cette activité faute de mieux, parce que je suis une névrosée qui s’ignore, ou bien une petite misérable à peine maligne qui a besoin de manger. C’est ce que penseraient les trois quarts des gens que je croise au quotidien s’ils devaient apprendre mon activité. Alors je ne le dis pas.

Ce décalage entre ma propre perception de mon métier et celle qu’en a la société me fatigue. Il n’y aucune, vraiment aucune, considération sociale pour mon activité. Pourtant, jamais je n’ai eu le sentiment d’apprendre autant en si peu de temps.

Psychologie tout d’abord, grâce à la grande diversité des profils que je reçois, et toutes leurs projections sur moi, avant, pendant, après notre entrevue. Communication, parce que Twitter et compagnie sont devenus presque incontournables pour une dominatrice ambitieuse. Compétences techniques, pour mon site internet et mon référencement. Sans même parler de mes connaissances quant aux premiers soins et aux réactions physiques d’un corps dans son ensemble. Les très nombreuses compétences pratiques relatives au BDSM m’ont également demandé un rigoureux travail et beaucoup de curiosité, ce point-là est tellement évident que j’ai bien failli l’oublier. J’excelle dans mon domaine, et mon activité me passionne. Que c’est parfois difficile de ne pas pouvoir m’en ouvrir à cet inconnu dans le train, ou la sympathique vieille dame sur ce banc l’autre jour. Condamnée à me passionner pour mon activité en silence, ou bien à haute voix, mais avec des gens « du milieu » seulement.

Le milieu, tiens, parlons-en. Enfin, j’en parlerais bien volontiers si j’avais du temps à perdre. Je crois que le mot déception est loin d’être assez fort.


Cette absence d’acceptation sociale me peine, parce que ce que je fais est utile à la société. Peut-être allez-vous me prendre pour une folle, mais je considère que je prends soin des gens. Ce que je leur fait subir est nécessaire à leur équilibre, et illumine leur semaine, sinon leur année, pour certains. Je n’aime pas les clichés, c’est pourquoi je ne parlerai pas pour autant de psychothérapie appliquée. De toute façon, je vois bien que le degré d’épanouissement personnel des soumis que je reçois, et donc le niveau de besoin essentiel dans ce que je leur donne, est très inégal. Certains viennent me voir par pure gourmandise, curiosité ou fantaisie. Pour d’autres, ces rencontres sont un peu une sorte de voyage initiatique, j’ai l’impression. Enfin, pour d’autres encore, c’est hélas faute de mieux, et cela pour diverses raisons, mais elles finissent rapidement par se voir le cas échéant. Pour moi, qu’importe. J’aime recevoir ces hommes, plus ou moins attirants, plus ou moins brillants, plus ou moins conscients d’eux. Ils ne viennent pas me voir pour être jugés.


Il y a de tout, mais ils viennent à moi, alors je suis là pour eux, et je m’applique à les faire voyager. Plus que dans l’instant présent et la corde de chanvre que je noue, je trouve surtout mon plaisir dans l’après, quand leur visage n’est plus celui qu’il était sur le pas de ma porte. Quand la mâchoire de cet homme-là s’est desserrée, le regard de cet homme-ci s’est apaisé. C’est aussi toute l’ambiguïté de mon métier, j’en parlais d’ailleurs l’autre jour avec une amie. Bien que dominatrice, je suis presque, dans le fond, au service de mes soumis. J’exagère, évidemment, parce que je ne ferai jamais rien qui ne me fait moi-même envie, ou du moins me rend curieuse ! Mais le fait est que je suis là pour eux, avec eux, pour les aimer épisodiquement, certainement un peu plus qu’ils ne savent le faire eux-même. Il faut aussi réaliser que si je ne devais faire les choses que pour moi, pour mon seul plaisir, mes séances seraient alors très différentes, et pas sûr que j'attirerais autant de monde à moi. C’est notamment en cela que ce que j'offre est bien un travail qui mérite salaire.



Le salaire justement, parlons-en.

Oui, je suis très loin du smic horaire. Pour autant, je suis loin de rouler sur l’or. Le matériel SM coûte une petite fortune, et quand on accepte l’adjectif professionnelle étiqueté à son derrière, il faut assurer niveau matériel, justement. Sans oublier les tenues, bien évidemment. De cuir au latex, en passant par les uniformes, je dois être capable de contenter tous les goûts. Par ailleurs, j’aime les chaussures certes, mais jamais je n’en avais possédé autant. Le matériel et les tenues s’usent, se consomment même pour certains types, donc doivent se renouveler. Les produits d’entretien ont aussi une certaine place dans mon budget, mais la part la plus importante passe bien sûr dans le donjon. Un deuxième loyer à payer. Recevoir chez soi permet de s’épargner cette importante dépense, mais il faut alors accepter un contrecoup émotionnel plus important, quand votre lieu de vie ne fait qu’un avec celui où vous recevez plusieurs inconnus chaque semaine pour l’expérience la plus intense de leur trimestre.

En outre, si mon taux horaire peut paraître si important, c’est précisément parce que je ne peux pas travailler ainsi huit heures par jour. Il faut voir comment je donne de ma personne dans ces séances ! Je n’arrête pas. Plus l’expérience sera fluide et sans accroc pour mon client, plus j’y aurai laissé de l’énergie. Enfin, et ce n’est pas un détail, il y a tout le travail que ces chers soumis ne voient pas, plusieurs heures par semaine, au cumulé, à répondre, lire, trier des mails, poster des annonces, les actualiser ou les faire remonter. Je dois aussi exister sur les réseaux sociaux, je dois être capable d’afficher une vitrine qui donne envie, ou montrer que j’existe, au moins. Cela se réfléchit, et ne se fait pas en deux minutes. Le plus dur, s’agissant de la communication, c’est bien quand je traverse une période difficile, mais que je ne dois rien laisser transparaître. Le soumis me veut sur un piédestal, et se désintéressa de moi si j’en glisse. Je dois tenir mon rôle jusqu’au bout, comédienne sans souffleur, cascadeuse sans filet.

Tous ces éléments ne tiennent pas compte du fait que mon activité est, j’y reviens, illégale, et traîne ainsi tous les inconvénients qui vont avec cette absence de cadre. Je dois être à même de prévoir, parce que je n’ai que moi pour m’aider en cas de difficultés. Si les indépendants et autres commerçants ont beaucoup souffert du confinement, par exemple, que dire de moi. Quand le gouvernement annonce des milliards d’aide pour les indépendants, je n’en fais pas partie.

Mais bon, je gagne ma vie, je fais quelque chose qui me plaît, c’est bien ! Enfin, c’est bien... pas toujours.

Ce qui me choque le plus est peut-être bien le manque de considération des hommes "soumis".

Les hommes dits soumis, ceux pour qui je fais tout cela, ceux pour qui je m’expose tant émotionnellement, ceux pour qui une séance de deux heures me paraît être une après-midi entière. Ceux pour qui je suis inscrite sur divers groupes de dominatrices de ma ville, où l'on s'échange des conseils de sécurité, entre autre choses, parce que certaines d'entre nous se font parfois agresser.

Dick pics, insultes, négociations (rien ne m’énerve plus que cela !), et j’en passe. Pour un client soumis, je dois en gérer cinq, sinon dix autres, que je ne verrai jamais, mais ne se privent pas pour me prendre mon énergie. Comment peut-on se prétendre soumis aux femmes, tout en étant si agressif et malveillant. C’est à croire que celles et ceux qui veulent le plus partager, aimer, prendre soin de l'autre, sont bien les dominants, en fin de compte.


J'aimerais presque dire que l'homme soumis n'est rien d'autre qu'un dominant qui n'en a pas les moyens, mais je ne le dirai pas. Paraît-il qu'il ne faut pas généraliser.

Même parmi les clients que j’accepte de recevoir, ce n’est pas toujours facile. Il y a celui qui commence à me donner son enveloppe en râlant au bout de la troisième séance, me faisant ainsi passer un message. Cet autre homme, un peu trop seul, qui me prend pour sa partenaire, et m’envoie beaucoup, beaucoup trop de messages, ivre d'avoir finalement trouvé l'acceptation d'une femme. Ou, la version director’s cut de ce client-là, d’une insécurité telle que je dois en faire trois caisses pour qu’il entende que oui, je veux bien le revoir, et que non, il ne m’a pas « déçue ». Les soumis avec qui la séance se passe bien, puis derrière m’enverront un mail plus précis encore qu’une thèse en ingénierie nucléaire pour m’indiquer (m’ordonner ?) leurs attentes quant à la séance prochaine, quand ce n’est pas pour me dire ce que je n’ai pas fait assez bien lors de la dernière.


Pour ceux avec qui cela se passe bien même après la séance, tout n'est pas facile non plus, là encore. Parce que je dois tenir mon rôle, mon personnage de femme puissante et imperturbable, je ne suis que peu autorisée à montrer mon attachement à certains de mes clients, qui pourtant existe. Je suis encore moins autorisée à exprimer mes sentiments, bien que purement amicaux, à leur égard. Je suis parfois un peu peinée de n'avoir plus aucune nouvelle de tel client, disparu du jour au lendemain, que j'avais pourtant puni de tout mon corps neuf fois en l'espace de trois mois. Je l'aimais beaucoup, celui-là. M'aurait-il considérée un peu plus si je lui avais fait savoir ? Je ne sais pas. Peut-être aussi croyait-il que je ne l'appréciais que pour son argent - une bien fausse croyance - et qu'avoir de ses nouvelles m'aurait plus fatiguée qu'autre chose. Le penchant inverse de ceux croyant pouvoir tout exiger de moi en échange de leur enveloppe.


Puis, il faut le dire, même les rares hommes irréprochables me mettent une forme de pression, certes bien malgré eux. Ils connaissent mon image, mais ne me connaissent pas vraiment. J’en reviens au piédestal. S’ouvrir à eux et me montrer telle que je suis le plus simplement du monde, c’est risquer les décevoir, parce que pas assez dominatrice, pas assez en contrôle, pas assez comme mon site, pas assez comme mon fil Twitter. S’ils savaient seulement dans quel état je me retrouve parfois... Je suis comme tout le monde. Je ressens, je souffre, puis je repars, avec plus ou moins de mal. Ma personne n'est pas mon personnage, et ne le sera jamais.


Bref, je donne tout de mon énergie, je reçois tout ce qu'ils veulent et doivent évacuer, ce qu’il y a de plus vibrant en eux, de plus profond, mais j’ai le sentiment que le retour n’est que rarement là. Tout ce que je reçois réellement d'eux, ce n'est guère que leurs poils dans ma baignoire. Si la passion n’était pas là, ce serait trop difficile. J’ai parfois le sentiment de porter un monde de soumis sur mes épaules, et me prendre des coups de tous les côtés. Enfin, les coups, c'est surtout lorsque je me connecte à mes réseaux sociaux. Je ne compte plus les insultes, mais cela reste difficile de les ignorer.


Je ne pensais pas qu'il était possible de se sentir si seule avec des milliers de followers.

Ce n’est pas à la portée de la première venue d’être dominatrice professionnelle, et contrairement à ce que l’on pourrait croire, cela demande en réalité d’être bien plus sensible que la moyenne. Cette sensibilité exacerbée est une médaille au lourd revers. Heureusement, les choses deviennent plus faciles à mesure que les années passent. Mais, justement, les années passent, et elles passent vite. Peut-être trop vite pour continuer à m’impliquer autant dans un métier conspué par ceux qui ne le connaissent pas, et rendu compliqué par ceux croyant le connaître.

J’étais dominatrice professionnelle.


Je ne le suis plus.

788 views

© 2020 - Blog BDSM - BDSAIME