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Le soumis et la maladie du superlatif

J'ai rencontré "dernière dominatrice en date" la semaine dernière. En plusieurs années, je n'avais jamais rencontré une femme à ce point magnifique et intelligente. Une dominatrice unique, comme il n'en existe pas deux.


• La maladie du superlatif


Selon Larousse, superlatif :

Degré de comparaison de l'adjectif ou de l'adverbe exprimant la qualité ou la modalité à un degré très élevé, supérieure ou inférieure à d'autres (superlatif relatif), ou indépendamment de toute référence (superlatif absolu).

Après avoir généralisé comme un sagouin sur les femmes dominatrices, je souhaite désormais faire la même erreur avec les hommes soumis.


J'ai commencé à réfléchir à ce phénomène généralisé en lisant l'impression d'un soumis, suite à une séance avec une femme, très "girl next door", qui propose du fétichisme du pied avec ou sans domination, chez elle.

C'était un jeune soumis, et cette rencontre constituait sa toute première expérience. Il en sort et écrit quelque chose du style : "pas de doute, xxxxxxx est la meilleure dominatrice de France".


Je viens de prendre ci-dessus un exemple extrême.

Mais cette maladie du superlatif se constate même chez des hommes expérimentés, censés, intelligents, habitués des rencontres avec des femmes maîtrisant l'art de l'intensité.

Partout, partout... qu'il s'agisse du profil FetLife d'un soumis en appartenance, d'un récit d'expérience sur le site d'une dominatrice professionnelle... Vous avez de très fortes chances de trouver du "la plus..." ; "la seule..." ; "je n'avais jamais vu..." ; "la première fois que...", etc.

Alors bien sûr, parfois c'est vrai ! Il y a toujours en séance des moments exceptionnels qu'on place au dessus beaucoup d'autres. Mais ce phénomène du superlatif est bien trop systématique pour que ça ne soit pas révélateur d'une victoire des émotions sur la raison.

J'en parle d'autant mieux que moi-même je suis concerné, et l'étais, et veille à l'être de moins en moins. J'ai relu le mail d'après-séance que j'avais envoyé, il y a 3 ans, à une dominatrice professionnelle. Je ne me reconnais pas, limite j'ai honte !



• Les raisons de la maladie


Remercier par l'exagération

Quasi systématiquement, le commentaire est laissé à l'adresse de la dominatrice. Le soumis s'attend à ce qu'elle le lise, chose qu'elle fera sûrement d'ailleurs.

Je pense que ça joue beaucoup dans la chose.


Le soumis, encore tout chose de ses émotions ressenties, mais aussi (surtout ?) de ses propres projections inconscientes sur la dominatrice et la scène vécue ; souhaite rendre à cette femme qui lui a tant donné. Un remerciement qui touche le cœur, un remerciement plus doux que le rêche papier des billets.


La question est de savoir si ça touche réellement la destinataire, ou si à force de ne lire que ça, elle ne peut s'empêcher de lever les yeux aux ciel par moment dans la lecture. Je ne sous-entend rien, je me pose réellement la question.

J'aimerais tellement pouvoir entrer dans la tête d'une dominatrice pro ! Il doit y avoir tellement de choses à raconter.



En quête vers toujours plus d'acceptation

Les concernées en parleraient beaucoup mieux que moi, mais je pense qu'un point que beaucoup de soumis ont en commun, est la recherche de l'acceptation, voire de la validation, par sa Maîtresse d'un jour ou de toujours.


Même après la séance, chaque superlatif permet d'augmenter son score sur l'échelle du "Alalala qu'il était bien ce soumis ! Il va me manquer, je le regrette déjà !".

Enfin, c'est ce que le soumis peut croire. Une manière de continuer à exprimer toute sa dévotion.



C'est la cœur qui parle, pas la tête

Comme déjà évoqué, l'intensité des émotions et des scènes vécues pendant la rencontre suffit à expliquer cette perte de lucidité, voire d'objectivité.


Aussi, considérer que c'est LA MEILLEURE qui nous a fait vivre tout ça, qui nous a offert tant de profondeur, une telle réunion avec soi-même ; permet de mettre un sens sur ces émotions si fortes. Comprendre pour mieux digérer.


Ca permet aussi quelque part de caresser son propre égo, considérant qu'on a fait le bon choix en allant voir CETTE personne et pas une autre. Après tout, c'est la meilleure !



• Comment guérir la maladie ?


Ou plutôt... Faut-il la guérir ? Je ne pense pas !


Ces superlatifs sont certainement une part du quotidien des dominatrices auxquelles ils sont adressés. Le recul, elles l'ont, certainement plus encore que je ne le pense.

Puis merde quoi, parfois la mesure, bah c'est nul. On vient pas se mettre à nu physiquement et psychologiquement devant une femme pour rester mesuré. C'est du gâchis.


Je vais continuer à sourire, l'air amusé en secouant la tête, en lisant certains commentaires ou descriptions (de la même manière que certain(e)s l'ont sûrement déjà fait en me lisant). Mais j'ai envie que ça continue ! J'ai envie que le parfait novice continue de penser que la première femme qui lui a mis ses pieds odorants sous le nez est la meilleure dominatrice de France. Puis éventuellement, par la suite, il en rencontrera une autre, et il se dira que toute dominatrice a ses qualités propres et ses domaines forts. J'ai envie que le soumis expérimenté de 50 ans continue à considérer la dernière dominatrice visitée comme la plus parfaite qu'il ait connu en plusieurs années.

Déjà parce que peut-être que c'est vrai (ah !). Et aussi parce que quand bien même ça ne le serait pas, c'est normal de vouloir flatter plus que de raison cette Maîtresse de l'intensité, même si ce n'est pas forcément conscient.

Pas forcément conscient parce que l'émotion vécue hier nous paraît toujours plus vive, plus brûlante, que la même émotion vécue il y a 2 ans... Et les personnes qui vont avec.


Que la magie continue, que le feu soit !


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