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Interview de Lady Daria

Lady Daria est une dominatrice professionnelle polonaise dévouée et innovante, en activité depuis plus de 7 ans. Elle est la créatrice et propriétaire de Warsaw Prison, un lieu vraiment unique dans le monde BDSM.


J'ai rencontré Lady Daria pour la première fois en 2018, lors de mon séjour de 4 jours à Warsaw Prison.


• Quels sont les aspects qui vous plaisent le plus dans votre travail, et quels sont ceux que vous aimez le moins ?

J'aime le contact avec les gens. Chaque jour est un nouveau défi. Je suis heureuse que ceux qui m'ont rendu visite et ceux qui suivent mes activités sur internet apprécient ce que je fais. J'ai souvent entendu dire que ce que je fais était "unique". Cela motive la poursuite du travail et du développement.

Par-dessus tout, je suis contrariée par le fait que, malgré la façon dont j'explique sur mon site web ce que je fais pendant mes séances et à quoi elles ressemblent, je reçoive encore des demandes de renseignements sur des choses qui sont, par exemple, des pratiques listées comme interdites. Par ailleurs, je dirais que je n'aime pas recevoir des e-mails de réservation avec une liste de souhaits très précise et un plan détaillé point par point. Cela tue ma créativité et réduit la séance au seul fait de recréer un rôle que quelqu'un m'impose. Lorsque cela arrive, je me répète alors que quelqu'un vient à moi, pour expérimenter avec moi ce que je propose... Je ne peux pas faire abstraction de ce que je représente dans l'imaginaire de ces soumis.



• Vous êtes une femme très instruite. Pensez-vous que votre succès actuel a quelque chose à voir avec cela ?

Je pense que de nombreux facteurs contribuent à la réussite. Cependant, l'éducation est l'une des composantes les moins importantes. Tout d'abord, il faut travailler dur, être responsable de ce que l'on fait, faire preuve d'intelligence émotionnelle et d'humilité. Il ne faut pas se sentir spéciale trop rapidement, car il est alors facile de se reposer sur ses lauriers.

Je ne suis pas le genre de personne qui apprécie qu'on l'interpelle en lui disant "vous êtes parfaite". Je dois le voir dans les résultats de mon travail. Je dois être satisfaite de moi-même, et ce n'est qu'à ce moment-là que je crois que je suis une femme accomplie.



Vous avez créé Warsaw Prison il y a 5 ans. Avez-vous un nouveau projet en tête ?

À ce stade, je veux absolument me concentrer sur Warsaw Prison. C'est essentiel pour moi. L'ouverture de nouveaux projets divisera mon attention dans de nombreux domaines, ce qui entraînera une perte de qualité dans l'un d'entre eux ; ce n'est pas ce que je souhaite.

La seule chose que je veux et que je dois faire maintenant est d'être plus présente sur les réseaux sociaux. Twitter, Instagram, peut-être aussi OnlyFans sont les endroits où je devrais commencer à être présente.




• À votre avis, que faut-il pour être une bonne dominatrice professionnelle ?

Tout d'abord, elle doit avoir des connaissances théoriques et des compétences pratiques. En outre, il faut respecter les personnes avec lesquelles les séances sont menées, être une bonne observatrice, avoir une certaine intelligence émotionnelle et au moins un peu d'empathie. Enfin, faire ce que l'on fait de manière responsable, en respectant les règles et les limites fixés. Une personne qui fait des séances avec nous doit se sentir en sécurité entre nos mains.

Le donjon ou le nombre d'accessoires dont vous disposez est moins important, bien que cela facilite le déroulement de la séance et la diversifie. Mais ce sont surtout les traits de personnalité et la connaissance du BDSM qui déterminent si une personne est une excellente professionnelle.



• Vous avez d'abord connu le BDSM dans votre vie privée avec des amis, mais aussi maintenant en tant que professionnelle à plein temps. Les sentiments en séance sont-ils aussi forts qu'ils l'étaient pour vous à l'époque ?

Une séance avec des amis ou lors d'une soirée est quelque chose de totalement différent de la réalisation d'une séance professionnelle, intégrée dans un jeu de rôle spécifique. Je ne comparerais pas ces expériences en terme d'intensité des sentiments éprouvés mais en terme de diversité.

Jouer avec des personnes que l'on connaît, que l'on apprécie et avec lesquelles on passe du temps pas uniquement pendant la réalisation des pratiques BDSM, procure surtout beaucoup de joie, de rires, de pur plaisir. Dans un tel contexte, nous nous attachons moins à montrer la version "Domina stricte".


Une séance dans un studio BDSM a ses propres règles. Il y a un scénario, des arrangements, un rôle spécifique et une approche particulière du soumis. L'un préférera une séance dans une ambiance conviviale, un autre voudra être contraint de suivre les ordres par la violence... Il y a toute une gamme d'émotions, de la joie à la frustration. Quand j'entre dans le jeu de rôle, il n'est pas agréable de ne pas réussir à apprendre à quelqu'un les trois positions de base que je demande. Et cette colère n'est pas feinte!



Pensez-vous que le "vrai" BDSM peut exister même en présence d'un échange d'argent ?

L'argent n'a rien à voir avec ça. Le BDSM est une question d'émotions et de pratiques. Dans le donjon, nous avons les deux, et ce même avec échange d'argent. Cela s'est réellement produit et vous ne pouvez pas prétendre le contraire.

Pourquoi le soumis doit-il payer ? La construction et l'équipement d'un donjon coûte de l'argent. Si vous voulez de l'électrostimulation à la maison avec votre partenaire, vous devez aussi payer un boîtier d'alimentation.

Il y aura toujours des personnes qui diront que l'argent fait obstacle à la légitimité, il y aura toujours ceux qui me reprochent de "détruire le vrai BDSM". Mais je n'en tiens pas compte et ne souhaite pas en parler.

Je fais de mon mieux ; honnêtement. Je ne vole personne. Je réalise mes séances en totale adéquation avec mes connaissances, mes compétences et grâce au fait que j'ai investi dans du matériel et des accessoires. J'y consacre tout mon temps. J'ai le droit de gagner de l'argent pour avoir de quoi vivre. Je ne vais pas payer mes factures par passion, comme n'importe quel autre métier que les gens font.



• Qu'est-ce qui vous pousse à rechercher constamment l'innovation et les petits ajouts ?

J'aime me développer. Chaque nouveau meuble, chaque nouvelle variété, aboutira à une séance plus agréable, à plus de possibilités. Je n'aime pas trop la routine et la répétition, même si cela concerne mes pratiques préférées. Il n'est pas dans ma nature de stagner et de récolter les fruits de ce que j'ai déjà fait. Je suis ambitieuse et je crois que l'on peut toujours faire mieux, améliorer quelque chose, proposer quelque chose de nouveau. Je n'ai jamais fait deux séances identiques avec la même personne. Même si quelqu'un vient me voir pour la soixante-dixième fois, je veux le surprendre avec quelque chose.



• Pendant les séances qui vont du soir matin, lorsque vient pour vous le temps de dormir, parvenez-vous à oublier le "travail", à couper totalement de la séance ?

Au début, lorsque je commençais tout juste à réaliser des séances d'une journée entière, j'avais un problème avec cela. Il m'était difficile d'oublier que quelqu'un se trouvait dans mon sous-sol et que j'en étais responsable. Malgré toutes les règles de sécurité, les boutons de sécurité, le fait que je ne garde pas quelqu'un attaché pendant qu'il dort, je craignais toujours que quelque chose puisse arriver. Ce n'est qu'après un certain temps et après de nombreuses séances que j'ai réussi à surmonter cette anxiété et ai commencé à me reposer.

Le fait est que je n'oublie pas le travail si rapidement, car généralement, une fois qu'un soumis est couché, je réponds encore aux courriels en attente, aux questionnaires, je lis les commentaires sous les photos, etc. Je suis donc toujours active.

Ce n'est que lorsque j'ai terminé tout ce que j'étais censé faire un jour donné que je peux me couper du monde et me concentrer sur autre chose. Le plus souvent, je regarde quelque chose à la télévision ou des séries en cours sur internet, je discute avec des amis ou j'écoute de la musique ; ou je vais me coucher car, après tout, une séance BDSM est un travail physique intense, et le lendemain, il faut être reposée et prête à l'action.



• Pour vous, qu'est-ce qu'une séance réussie avec un client ?

C'est une question difficile. Il n'existe pas de modèle parfait pour une séance qui me donnerait toujours satisfaction. Cela dépend beaucoup de la personne qui vient dans mon studio, de son comportement et du fait qu'elle apprécie le moment ou non.

J'adore les séances avec des personnes qui aiment simplement le BDSM et je peux le voir dans leurs réactions. Ils sont heureux de pouvoir satisfaire leurs préférences.

Par ailleurs, il y a aussi quelque chose de difficile à nommer. Il y a une certaine compréhension entre les gens. Parfois, dès le seuil de ma porte, je peux voir que j'apprécie particulièrement quelqu'un, et parfois il n'y a pas ce "feeling".



• Vous proposez des séjours allant jusqu'à 10 jours dans votre donjon. Comment faites-vous pour rester fraîche et motivée avec le même client pendant si longtemps ?

La durée de séance la plus populaire est de 48 heures. Les gens viennent également me voir pour 72 et 96 heures. Les séances plus longues que cela sont peu fréquentes. En fait, je peux compter les séances de plus de 5 jours sur les doigts d'une main.

La session la plus longue dans mon studio a duré 11 jours. Une personne d'Australie est venue me voir en avion. C'était une expérience agréable, mais c'est quelque chose dont je me souviendrai toute ma vie... C'était intense. Et pas physiquement. La séance était basée sur l'emprisonnement, l'isolement et l'extended bondage. Cependant, il est difficile de ne pas quitter la maison pendant tant de jours. C'était peut-être le plus difficile.

J'étais motivée ! Et je n'ai pas montré que j'étais fatiguée. Pourquoi ? Je suis professionnelle dans ce que je fais. Le donjon n'est pas un endroit où l'on peut montrer ses faiblesses ou ses émotions personnelles. Je suis responsable du déroulement de la séance et je veux être satisfaite de ce que j'ai fait.



• En quoi le fait de recevoir chaque jour des compliments et de l'attention du monde entier a-t-il changé votre vie ?

Pour être honnête, cela ne l'a changée en rien. Comme je l'ai dit, je ne suis pas une personne influencée par les compliments de gens que je ne connais même pas. Bien sûr, c'est agréable d'être admirée, que les gens apprécient ce que j'ai fait et ce que je fais. Cela me motive.

Je suis ravie que pendant le confinement, les personnes qui sont venues mais aussi celles qui n'ont pas eu l'occasion de me rendre visite, m'aient envoyé des dons pour m'aider à traverser cette période difficile. J'étais et je suis très reconnaissante envers eux pour cela. C'est presque touchant d'être aussi appréciée. Des gens de l'étranger m'écrivent. Je donne des interviews pour des livres... Je ne m'attendais pas à devenir aussi populaire.


D'un autre côté, en tant qu'être humain, je n'ai pas changé. Je crois toujours au travail et à l'humilité. Le respect pour les personnes qui me rendent visite, pour les autres Dominas, l'absence de jalousie est quelque chose qui m'a caractérisé dès le début et je crois toujours en ces valeurs.



• Les séances BDSM peuvent libérer beaucoup d'intensité. Êtes-vous affectée par cette intensité, que ce soit positivement ou négativement ?

En ce qui concerne l'impact physique, j'ai... perdu du poids :-). Et c'est certainement un effet positif. De plus, il est difficile de ne pas ressentir physiquement le nombre d'heures que vous avez passées en talons hauts : bien sûr, il y a de la douleur. Les pieds font mal, parfois la colonne vertébrale, les bras, les mains... Mes séances sont intenses. Ceux qui m'ont rendu visite savent - vous le savez aussi - que nous n'avons tous deux que deux pauses dans la journée. Personne ne reste assis dans ma cellule pendant une demi-journée. Pendant une séance d'une journée entière, je suis véritablement dans le donjon et je travaille activement. Il n'est donc pas étonnant qu'il y ait de la fatigue physique.

S'agissant de l'intensité émotionnelle, elle se fait clairement sentir. N'oubliez pas que les sessions sont très diversifiées. Parfois vous êtes amicale, parfois vous êtes sadique. Je joue également différents rôles : outre les séances organisées dans le cadre de Warsaw Prison, je réalise également de courtes séances avec différents scénarios... Je peux être un professeur, former le soumis à devenir une bonne prostituée ou juste ignorer orgueilleusement une bondage doll.

Cependant, je crois que cette quantité d'émotions et d'expériences mentales me fait évoluer en permanence. J'apprends à réagir, je me souviens d'être compréhensive et patiente face aux limites humaines. Il est certain que la quantité de connaissances que j'ai acquises dans le studio m'a enrichie.

Parfois, je me dis que mon histoire vaut peut-être la peine d'être écrite. Peut-être qu'un jour...



• Vous semblez travailler beaucoup plus que la moyenne des dominatrices professionnelles. Envisagez-vous de réduire vos heures de travail ?

J'essaye toujours de réduire le nombre d'heures de travail et... ça ne fonctionne pas. Beaucoup de gens veulent me rendre visite et je ne peux pas accepter de fermer mon calendrier pendant une quinzaine de jours.

Je veux cependant absolument prendre des vacances non pas une mais deux fois par an. Cela m'a beaucoup aidé. J'aimerais également me concentrer uniquement sur les séances d'une journée au minimum.

Malheureusement, à ce stade, j'ai dû reporter tous les plans visant à réduire la quantité de travail. J'avais trop de temps libre à cause de Covid. Ce n'était pas une période qui me donnait de l'optimisme. C'est difficile quand on voit que l'avenir de ce dont on s'est occupé pendant tant d'années est menacé.

À ce stade, j'en suis donc à la phase de récupération de la crise. J'espère que je pourrai survivre à cette année et que la prochaine sera meilleure, et que je pourrai continuer à faire ce que je sais faire le mieux sans aucune restriction.


• Lady Daria, merci pour votre temps ! Avez-vous quelque chose à ajouter ?

Merci d'avoir voulu m'interviewer. C'est très aimable de votre part de vous intéresser à ce que j'ai à dire.

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